Dans le cadre de l'UE Politiques et actions sociales en 3e Bac Assistant social, un groupe d'étudiants a analysé un phénomène actuel de non-recours aux droits en lien avec la réforme des allocations de chômage. Les étudiants souhaitent partager l'interpellation qu'ils ont adressé aux différents décideurs politiques, parlementaires et médias afin de sensibiliser aux conséquences pour les femmes cohabitantes.
Les femmes cohabitantes : les sacrifiées de la réforme du chômage.
La réforme du chômage s’apprête à réduire la durée d’indemnisation et se présente comme une
mesure de réinsertion permettant à des milliers de Belges de “retrouver le chemin du travail” et de
s’activer. En réalité, elle s’annonce comme un tremblement de terre social, car de nombreuses
personnes vont perdre leurs allocations et ce sont la Wallonie et Bruxelles qui seront les plus frappées.
Au milieu de cette tempête, un groupe est presque totalement invisible : les femmes cohabitantes.
Pour celles qui seront exclues du chômage, le Revenu d’Intégration (RI) devrait constituer la dernière
protection, l’ultime filet de sécurité censé empêcher de tomber dans la précarité. Or, celui-ci est
fragilisé de toute part par un phénomène massif de non-recours : méconnaissance des droits,
stigmatisation, complexité des démarches administratives… Le résultat est frappant: une personne sur
deux glisse à travers les mailles du filet et ne bénéficie pas de la protection sociale.
C’est dans ce contexte que les femmes cohabitantes sont les plus exposées et vulnérables. Leur statut
qui est financièrement le moins avantageux, repose sur une illusion : l’idée que vivre sous le même toit
équivaut à partager ressources et charges. Une logique, on dirait même une fiction qui ignore
totalement les réalités de vie : relations conflictuelles, dépendances économiques lourdes et parfois
imposées, solidarité impossible ou inexistante. Beaucoup de femmes se retrouvent bloquées dans des
situations qu’elles n’ont pas choisies avec une marge de manœuvre réduite, des droits bafoués et une
faible autonomie.
La réforme qui prétend “réinsérer” risque au contraire de renvoyer des femmes à une dépendance
totale. Un retour en arrière inquiétant pour l’égalité entre les femmes et les hommes et un renforcement
des rapports de dépendance et de domination au sein des foyers.
Nous avons rencontré des CPAS et le réseau wallon de lutte contre la pauvreté, voici ce qu’ils
constatent :
À l’heure actuelle, la solidarité familiale est devenue une fiction. Les techniques de survie sont
désormais qualifiées de « fraudes » par les politiques, tandis que les visites domiciliaires intrusives font
du droit à l’aide sociale un labyrinthe semé d’embûches d’une ville à l’autre. Poussés par le bonus-
malus et la pression budgétaire, les CPAS appliquent des politiques qui centralisent l’argent sur un seul
compte, durcissent les projets individualisés d’intégration sociale (PIIS), tolèrent des pratiques de “coup
de poker” et laissent prospérer une véritable violence économique à huis clos.
La réforme du chômage, vendue comme un outil d’activation, est décrite comme une bombe sociale à
retardement : des personnes qui n’osent plus demander de l’aide, des familles qui sombrent dans le
surendettement, des travailleurs pauvres se sentant trop honteux pour solliciter le CPAS et surtout des
femmes cohabitantes enfermées dans un statut absurde à qui l’on répond qu’elles n’ont “pas droit”
parce qu’elles partagent un toit, comme si cela garantissait une solidarité automatique et spontanée.
Pendant que les politiques calculent des budgets, les CPAS voient déjà les dégâts. La réforme promet
de remettre les gens au travail, mais sur le terrain, on voit autre chose.
Si la réforme du chômage doit être appliquée, elle doit s’accompagner impérativement de mesures
fortes et un minimum réfléchies : faciliter l’accès au RI, réévaluer enfin le statut de cohabitant, garantir à
chaque personne un droit à des ressources propres. Il s’agit d’un choix de société.
Allons-nous continuer à fermer les yeux sur celles qu’on rend invisibles ?
Où allons-nous enfin décider que personne ne doit perdre son autonomie parce qu’elle partage un toit
?
Le statut cohabitant, en l’état, n’est pas une catégorie administrative.
C’est une ligne de fracture.
La réforme se voulait incitative.
Elle sera punitive.
Elle se voulait moderne.
Elle ramène en arrière.
Elle prétend donner de l’autonomie.
Elle l’arrache à celles qui en avaient le plus besoin.