« Porté par mes rêves, je marcherai sans détour »

Je suis né et j’ai grandi au Cameroun, au sein d’une famille modeste de six enfants. Mon père était commerçant et ma mère « mère au foyer ». J’ai effectué mes études primaires, secondaires ainsi qu’une partie de l’enseignement supérieur au Cameroun. En 2011, j’ai quitté le Cameroun pour m’installer en Belgique afin de poursuivre mes études.

Les raisons de mon départ du Cameroun

J’ai décidé de quitter le Cameroun principalement pour la qualité et la réputation de l’enseignement supérieur belge. Ma décision a également été motivée par l’incertitude des opportunités professionnelles après les études dans mon pays d’origine. Ma curiosité, mon envie d’apprendre, de découvrir et surtout de sortir de ma zone de confort ont également été des moteurs importants de mon départ. Je souhaitais découvrir de nouvelles cultures, m’éloigner de mon cadre familial et relever de nouveaux défis dans un environnement inconnu. Venir en Belgique représentait pour moi l’espoir d’un avenir meilleur et la possibilité, à terme, d’aider les miens restés au pays.

Mes débuts en Belgique : choc culturel, intégration et choix des études

Mes débuts en Belgique ont été mouvementés. En plus de mon statut d’étudiant, j’ai rapidement été confronté aux réalités de l’intégration. Je me souviens notamment des difficultés rencontrées pour trouver un logement étudiant. Finalement, grâce à une connaissance, j’ai trouvé une chambre de six mètres carrés dans une colocation. J’étais malgré tout très soulagé, car c’était une difficulté en moins.

Après une année en septième préparatoire à l’Institut Saint-Aubain à Namur, mon souhait était de poursuivre des études de médecine ; un rêve d’enfance. Cependant, dès mon arrivée en Belgique, j’ai été confronté à la réalité ; Issu d’une famille modeste, je devais rapidement devenir entièrement autonome sur tous les plans. En parallèle de mes études, je devais travailler comme étudiant pour subvenir à mes besoins (logement, études, alimentation, habillement, etc.). Je partais travailler en soirée après les cours dans un restaurant près de Gembloux. Face à ces contraintes, je me suis orienté vers le paramédical. Avec le recul, je me dis que ce rêve de médecine était réalisable, mais je n’éprouve aucun regret. J’ai choisi le domaine de la santé avec la volonté d’améliorer, à terme, ce secteur dans mon pays d’origine.

Mon parcours à l’Henallux, à l’Université de Liège et dans le monde professionnel

Mes débuts en première année ont été plutôt timides. Je venais d’un système éducatif très différent, davantage théorique, peu ciblé et moins axé sur les objectifs. J’arrivais également dans un nouvel écosystème culturel. Je devais apprendre à m’intégrer, m’adapter et évoluer dans cet environnement inconnu.

Au départ, j’éprouvais des difficultés de communication. J’observais beaucoup afin de déceler les « codes ». Mon accent ne facilitait pas toujours les échanges, ce qui compliquait notamment mon intégration lors des travaux  de groupe. Je percevais parfois, dans le regard des autres, une forme de jugement. J’étais conscient de mes difficultés, mais je me demandais si les autres, y compris certains membres du personnel pouvaient réellement comprendre ce que je vivais. Étaient-ils sensibilisés à ce type de situation ? Était-ce la responsabilité de quelqu’un ? Quelle était la solution ? Autant de questions qui m’ont permis de réfléchir, d’affronter et de surmonter ces difficultés.

Je me souviendrai toujours de mon premier stage à Mont-Godinne où la cheffe de service m’avait dit ouvertement « que je ne serais jamais diplômé », à la suite d’une évaluation particulièrement négative, l’une des pires de mon cursus. J’avoue que j’ai été alors très déstabilisé. Ce stage fut difficile, notamment en raison des problèmes de communication, de l’environnement de soins inconnu et des différences importantes avec les pratiques au Cameroun.

Conscient de mes difficultés, j’ai choisi de les considérer comme des défis. Cette attitude m’a permis de progresser au fil du temps, de mieux m’intégrer et de m’adapter à mon nouvel environnement. J’ai également eu la chance de faire des rencontres exceptionnelles. Certains membres du personnel, dès la première année, ont perçu mon potentiel et m’ont encouragé sans relâche. Je pense notamment à Monsieur STUCKENS, Madame CASTIAUX, et bien d’autres.

Ce parcours, fait de hauts et de bas, d’embûches et de rencontres tant bienveillantes que moins, m’a permis de me remettre constamment en question, de progresser et de développer une ouverture d’esprit essentielle à mon rôle d’apprenant. Il a largement contribué à la construction de mon identité professionnelle. C’est d’ailleurs un message que je transmets aujourd’hui aux étudiants lorsque ceux-ci rencontrent des situations inconfortables en stage : se remettre en question, adopter une posture de non-jugement, analyser lucidement la situation et transformer les difficultés en opportunités d’apprentissage.

On ne mesure pas toujours les défis auxquels peuvent être confrontés certains étudiants étrangers durant leur cursus : isolement, précarité socio-économique, difficultés d’intégration, etc. Je suis toutefois conscient que ces difficultés ne concernent pas uniquement les étudiants étrangers. Cela ne constitue ni une excuse ni une justification, mais il est essentiel de ne pas se victimiser et de s’intégrer de la meilleure manière possible.

Au cours de ma deuxième année d’études, j’ai été confronté à un événement familial tragique : le décès brutal de mon père suite à un arrêt cardiaque. Loin de ma famille, seul dans mon kot, cette épreuve m’a profondément fragilisé. J’ai cependant compris que je devais garder la tête haute, car beaucoup d’espoirs reposaient sur moi dans la famille. Ce drame m’a également rappelé les conditions sanitaires précaires au Cameroun et a fortement influencé mes orientations professionnelles futures. Dès ce moment, j’ai décidé de me spécialiser dans un domaine lié aux urgences cardiaques. En 2016, l’arrivée de ma petite sœur en Belgique a été un soutien important. Je me sentais moins seul désormais. Elle est désormais également infirmière en Belgique.

À l’issue de ma formation de bachelier, après trois années d’études, j’avais particulièrement apprécié mes stages, en particulier ceux effectués au bloc opératoire. J’ai donc poursuivi une spécialisation en soins péri opératoires. Après ce diplôme, en 2016, j’ai intégré le monde professionnel et commencé à travailler au bloc opératoire en chirurgie cardiaque aux Cliniques Universitaires Saint-Luc (UCL) à Bruxelles. Après une année, ressentant le besoin d’être davantage autonome, j’ai décidé de retourner à l’Université tout en conservant cet emploi à temps partiel. En 2017, je me suis inscrit  à l’Université de Liège pour un master en Sciences de la Santé publique, finalité « patient critique », option perfusion, avec l’objectif de devenir perfusionniste clinique.

Cette spécialisation m’a également offert une expérience complémentaire de MFP (Maître de Formation Pratique) dans le même domaine dès 2017. A son tour, elle m’a permis de constater que les jeunes générations gagneraient à davantage se remettre en question. J’ai d’ailleurs apprécié l’initiative de l’Henallux, qui a récemment organisé une animation sur « L’accueil de la diversité culturelle dans l’enseignement supérieur ». Je salue cette démarche et espère qu’elle se poursuivra, car la sensibilisation est essentielle pour mieux accompagner les personnes concernées.

La curiosité scientifique m’a conduit à effectuer mon stage à l’Institut de Cardiologie de Montréal durant la seconde année de master. Cette expérience enrichissante a renforcé mon envie de m’installer au Canada, mais les démarches de reconnaissance des diplômes se sont révélées complexes. La période de la COVID a également constitué un frein. En septembre 2019, j’ai intégré un poste de perfusionniste clinique, toujours aux Cliniques Universitaires Saint-Luc à Bruxelles. Après cinq années à ce poste, j’ai ressenti le besoin de relever de nouveaux défis.

C’est dans cette optique que j’ai quitté l’UCL en décembre 2023 et opté pour un statut d’indépendant, me permettant une plus grande liberté professionnelle. Je travaille aujourd’hui dans plusieurs hôpitaux en Belgique ainsi qu’à Paris, à l’hôpital Necker. Cette diversité d’expériences me permet d’enrichir et d’améliorer continuellement ma pratique professionnelle.

Mes projets en Afrique

Enfin, je participe actuellement à des projets en Afrique, notamment au Congo et au Cameroun, visant à développer la chirurgie cardiaque dans des structures privées. Mon souhait le plus cher est que ces projets aboutissent, afin d’améliorer la prise en charge des urgences cardiaques. Mon intégration s’est complétée par mon mariage et l’arrivée de trois enfants …

Raoul Tchendjie – raoultchendjie@yahoo.fr

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