Projet Nuts : former des passeurs de mémoire, aujourd’hui et pour demain

Du 11 au 16 décembre, le Département pédagogique de Bastogne s’est donné un défi de grande ampleur dans le cadre des commémorations du 81e anniversaire de la Bataille des Ardennes : le projet Nuts.

Il s’agissait d’une vision pédagogique globale, mobilisant l’ensemble des étudiantes et étudiants du département, toutes sections confondues, ainsi que l’ensemble de l’équipe enseignante, le personnel administratif et technique, et de nombreux partenaires culturels et associatifs.

Expo 3

Un projet solidement ancré dans la recherche historique

Le projet Nuts s’inscrit dans la continuité des recherches menées en 1995 par le Cercle d’Histoire et d’Archéologie de Bastogne, synthétisées il y a une dizaine d’années par Sylvie Navarre, professeure de sciences sociales.

Ces travaux ont été enrichis récemment par Nicolas Stilmant, professeur de didactique du français, à partir d’une consultation approfondie des Archives des Sœurs de Notre-Dame à Namur.

Ces sources permettent de retracer avec précision le rôle central joué par l’école durant l’hiver 1944-45 : un lieu d’enseignement devenu lieu de refuge, hôpital auxiliaire, abri pour des centaines de civils, d’élèves et de soldats américains, au cœur d’une ville assiégée.

Ce sont aussi – et surtout – des témoignages émouvants des professeurs, des étudiantes internes et des Sœurs, ayant vécu ce siège de l’intérieur. On retiendra particulièrement le témoignage de Madeleine Dumont, étudiante à l’École Normale, qui tenait un journal et racontait le quotidien de la guerre.

Spectacle 2

Le weekend : une rencontre forte avec le grand public

Après l’inauguration officielle du 11 décembre, en présence de nombreux acteurs publics, associatifs et culturels de Bastogne, le projet s’est ouvert au public.

Le vendredi 12 décembre, la balade du weekend Nuts, organisée par l’ASBL Poisson Rouge, est passée par l’école. Les visiteurs ont notamment traversé les souterrains, où plus de 800 civils et 250 soldats américains avaient trouvé refuge durant l’offensive allemande.


Ce sont près de 1000 personnes qui ont découvert ce lieu chargé de mémoire, guidées par les étudiant·e·s eux-mêmes, devenus médiateurs et passeurs d’histoire.

Les samedi 13 et dimanche 14 décembre, l’école est restée ouverte au grand public de 14 à 18h. Pensée comme une exposition itinérante et incarnée, Nuts Expo invitait les visiteurs à parcourir les lieux emblématiques de l’école : la rue du Sablon, la salle Julie Billiart, la cour intérieure mise en lumière et, surtout, les souterrains.

Expo 2

Des affiches documentées, des témoignages poignants – parfois fournis par les familles de nos étudiants -, des objets d’époque prêtés par le Bastogne War Museum, ainsi que des reconstitutions historiques réalisées par les étudiants en collaboration avec les ASBL Histoire en scène et La Mémoire civile de Sainlez, rendaient l’histoire vivante.

Les visiteurs ont pu parcourir l’exposition à leur rythme, s’arrêter sur les témoignages relatant la vie dans les caves, la mort tragique de la Sœur Supérieure, les moments d’espoir liés aux parachutages de vivres, les préparatifs de Noël sous les bombardements, le message de la Reine Élisabeth, le 31 décembre 1944, ou encore la fin du siège de la ville.

Sur le grand écran de la salle Julie Billiart, les participants pouvaient également découvrir les créations artistiques des étudiant·e·s : un avant-gout des spectacles mêlant expression corporelle, musique et théâtre, conçus comme de véritables dispositifs de transmission destinés aux élèves.

Ces journées ont permis de tisser un lien fort entre l’institution et la population, en montrant que l’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage, mais aussi un acteur de la mémoire collective locale.

Poisson rouge

15 et 16 décembre : des journées clés pour la formation des futurs instituteurs

Les lundi 15 et mardi 16 décembre, 526 élèves (8 classes de maternelle et 19 classes de primaire) ont été accueillis à l’école.

Sous la direction du metteur en scène Dominique Lambert, les étudiantes ont présenté des spectacles adaptés au jeune public, utilisant notamment la technique des statues pour faire revivre le récit des élèves internes réfugiées dans les caves durant l’hiver 1944.

Le choix des mots, des gestes et des situations a fait l’objet d’un travail approfondi afin de transmettre l’histoire sans la dénaturer, les témoignages forts et émouvants qui nous été transmis par les Sœurs et leurs élèves, tout en respectant la sensibilité des enfants.

Spectacle

Après les spectacles, les élèves ont participé à des ateliers d’histoire et d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté, animés par les étudiant·e·s. Ces activités visaient à :

  • replacer les évènements dans leur contexte historique,
  • comprendre le sort des civils et des réfugiés,
  • aborder la notion de résistance,
  • identifier les causes qui mènent à la guerre,
  • réfléchir aux solutions possibles : démocratie, débat, droit international, institutions de protection.

Spectacle 9

Pour les étudiant·e·s, futurs instituteurs et institutrices, ces journées ont représenté des situations professionnelles authentiques : concevoir des dispositifs didactiques, gérer un groupe-classe, adapter un contenu complexe, transmettre des valeurs citoyennes et réfléchir à leur posture d’enseignant·e.

Activités 5

Une réussite collective et un message essentiel

Au-delà de l’évènement, le projet Nuts a rappelé avec force le rôle fondamental de l’éducation : former des citoyens capables de comprendre l’Histoire, d’en tirer des leçons et de s’engager pour un monde plus juste.

Ce projet est une réussite collective, portée par l’engagement des étudiant·e·s, la mobilisation de toute l’équipe éducative — et en particulier Katia Dripatrine, Christophe Hennon, Isabelle Poncelet, Françoise Renard, Sophie Masurel, Delphine Brunelle, Violaine Danloy, Pierre Malempré et Adrien Wiesen — ainsi que par la collaboration de partenaires culturels et associatifs.

Le projet Nuts a montré que la mémoire n’est pas figée dans les archives : elle se transmet, se partage et se vit, au cœur même de la formation des enseignants de demain.

Inauguration 5